Michèle Boudoin : « Mon successeur aura fort à faire sur le dossier de la prédation »

Michèle Boudoin : « Mon successeur aura fort à faire sur le dossier de la prédation »

Après avoir transmis son élevage de brebis du Massif Central à un jeune hors-cadre familial en 2025, Michèle Boudoin s’apprête à passer les rênes la FNO, dont elle était présidente depuis 2015 et où elle était engagée depuis plusieurs décennies.

Durant votre mandat de présidente de la FNO, quelles sont les avancées marquantes que vous avez réussi à obtenir concernant la prédation du loup ?

J’ai travaillé sur le sujet de la prédation du loup au niveau européen avec Christiane Lambert (présidente de la FNSEA élue en 2017, NDLR), les parlementaires européens, le COPA-COGECA, le comité des organisations professionnelles agricoles européen. Et la plus grande avancée que nous avons obtenue, c’est le déclassement du loup qui est passé au niveau européen d’espèce « strictement protégée » à « protégée » en 2024, qui permet un assouplissement des actions pour réguler la population de loups. En France, dans le cadre du Plan loup, nous avons aussi obtenu en 2018  l’automatisation des quotas de prélèvements jusqu’à un certain pourcentage de la population totale de loups. Ce sont des progrès mais qui sont encore loin d’être suffisants.

Qu’est-ce qui doit encore être amélioré du côté de la législation française ?

Tant qu’on aura des quotas de prélèvements, on ne peut pas gérer correctement la prédation. Car ces quotas sont calculés par l’Office français de la biodiversité sur la base des indices de présence du loup. Or pour estimer convenablement la population des loups, il faudrait aussi comptabiliser le nombre des attaques, qui est aussi très significative. La FNO va donc continuer à militer pour que les indices de présence du loup soient corrélés au nombre d’attaques. En France, la population des loups a doublé en quinze ans et le nombre d’attaques sur les élevages aussi. Ce serait donc logique que le quota de prélèvements, qui est à 21%, passe à 40%, pour gérer la prédation sur tout le territoire. Et je rappelle que ce qu’on demande c’est uniquement que nous puissions nous défendre contre les loups qui attaquent nos troupeaux.

Quels sont les grands chantiers qui attendent votre successeur sur ce dossier de la prédation ?

Mon successeur aura encore fort à faire sur le dossier de la prédation. Suite au déclassement européen du loup, un premier texte est entré en vigueur en France en avril 2026, qui a assoupli le régime des tirs de défense pour les éleveurs. Mais un nouveau décret, paru au mois d’août, a accordé de nouvelles prérogatives au préfet coordonnateur du Plan loup. Il peut décider de suspendre les déclarations et les autorisations de tirs de défense, même si le plafond annuel d’abattage de 21 % n’est pas atteint. La révision de ce texte sera un des enjeux pour Patrick Soury. Et puis si j’ose le parallèle, il y a une autre forme de prédation à laquelle il devra s’atteler. Ce sont les traités de libre-échange avec la Nouvelle-Zélande, l’Australie ou l’Angleterre. Là- aussi il va falloir qu’on se fasse entendre car ces accords menacent aussi l’élevage ovin français.