Chiens de protection : former les éleveurs…et les collectivités
Former les éleveurs et sensibiliser les personnels des collectivités : c’est la mission de Béatrice Reynaud, éleveuse d’ovins et référente du réseau chiens de protection des troupeaux de l’Institut de l’élevage pour le département des Hautes-Alpes. Face à la prédation du loup, ce réseau d’experts œuvre pour faire passer les bons messages sur les chiens de protection.
Dans les Hautes-Alpes, à la fin du mois d’octobre 2025, le bilan de la prédation du loup était toujours aussi alarmant, avec 345 attaques recensées et 857 victimes dans les troupeaux*, confirmant que les dommages restent importants malgré les dispositifs de protection.
Et pourtant, les éleveurs du département font leur part et protègent leurs troupeaux, en accueillant notamment des chiens de protection, ce qui leur génère une surcharge de travail notable.
* Chiffres communiqués au 31/10/2025 par la Préfète de la région Rhône-Alpes Auvergne et préfète coordonnatrice sur le loup
© IDELE
Béatrice Reynaud forme les éleveurs, les bergers et les personnels des collectivités locales. / © Damien Desbenoit
Béatrice Reynaud est bien placée pour le savoir. A la tête de son élevage ovin depuis 1995, à Chabestan, au sud des Hautes-Alpes, elle est également référente du réseau Chiens de protection des troupeaux de l’Institut de l’élevage (IDELE) pour son département depuis 2018.
Son rôle ? Accompagner les éleveurs pour gérer l’accueil de chiens de protection. « On propose une formation initiale de 2 jours pour les éleveurs et les bergers et on les accompagne pour mettre en place techniquement ces chiens sur l’exploitation, détaille-t-elle. On aide à mettre en place le chiot ou à gérer le chien adulte. Il faut bien comprendre qu’inclure un chien de protection signifie que tous les membres de l’exploitation sont concernés, pas seulement le maître du chien. Puis on réalise 5 visites sur site. On vérifie comment l’éleveur utilise son chien, comment il le dresse, comment il reprend la maîtrise de la meute. On lui apprend comment créer une équipe de chiens, comment gérer le parc aussi : faire des parcs plus petits, plus solides, plus hauts, plus performants et conduire le pâturage. On adapte nos conseils aux contraintes de l’éleveur. En un an, un éleveur motivé est apte à mettre plusieurs chiens de protection de qualité au service de son troupeau. »
Bien réfléchir avant de se munir d’un chien de protection
Tout ce processus auprès de l’éleveur consiste aussi pour Béatrice Reynaud à faire passer les messages justes : « la première chose, c’est de ne pas se précipiter, de voir la protection du troupeau contre la prédation du loup dans sa globalité. J’insiste beaucoup sur cette réflexion en amont. Avoir un chien de protection, c’est un atelier complémentaire pour l’exploitant et ça prend du temps. C’est une super solution contre la prédation, mais ça demande de l’investissement. »
Même si l’usage est de deux chiens minimum par lot, Béatrice Reynaud tient à préciser les choses face aux idées reçues. « Un chien, ça se dresse individuellement. Prendre deux chiens, c’est mener deux parcours de dressage. S’il est bien mis aux brebis, un chien ne s’ennuie pas et il n’a pas nécessairement besoin d’être avec d’autres chiens au troupeau », précise-t-elle. Second point qu’elle aime rappeler : « le chien de protection fait partie d’un dispositif global anti-prédation incluant aussi la clôture, le regroupement, les deux visites quotidiennes au troupeau…»
Former aussi les personnels des collectivités
Parallèlement à son travail auprès des éleveurs, Béatrice Reynaud forme également les personnels des collectivités locales du département. Car transmettre cette connaissance est essentiel pour prévenir les conflits d’intérêts. « Je fais des formations avec les maires, les médiateurs pastoraux et les personnels des collectivités car ce sont eux qui portent ensuite les messages auprès du grand public. Je leur explique l’utilité de ces chiens contre la prédation du loup. Ce sont des animaux dressés et préparés à surveiller les troupeaux sans leur maître. Le premier écueil à éviter pour les randonneurs, c’est donc la peur, qui peut créer des tensions, explique-t-elle. Les chiens de protection sont des chiens comme les autres et si l’on sait comment se comporter avec eux, tout se passe bien. »