Ingénieur pastoraliste au CERPAM, le Centre d’études et de réalisations pastorales Alpes-Méditerranée, Olivier Bonnet porte un regard très pointu sur les conséquences de la prédation du loup, qui constitue selon lui une véritable menace pour la biodiversité de tous les territoires impactés.
Olivier Bonnet est ingénieur pastoraliste et coordinateur scientifique régional au CERPAM, le Centre d’études et de réalisations pastorales Alpes-Méditerranée / © Olivier Bonnet
“Un tiers de la surface de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur est pâturé par des troupeaux, ce qui a évidemment un impact positif énorme sur la physionomie et l’aménagement du territoire”, énonce en préambule Olivier Bonnet, ingénieur au CERPAM, une association qui apporte ses compétences techniques et scientifiques au service de tous les acteurs régionaux du pastoralisme.
En 2025, la région PACA est encore, et de très loin, la plus impactée par la prédation du loup, avec 1833 attaques recensées à la fin du mois d’octobre et 4837 victimes dans les troupeaux*.
“La prédation, c’est une énorme difficulté pour les éleveurs qui ont dû adapter leurs modes d’élevages et cela a évidemment des conséquences néfastes pour la biodiversité, qui est impactée par ces nouvelles pratiques”, explique Olivier Bonnet.
En clair, le parcours de pâture, qui était un choix de l’éleveur et qui s’adaptait à l’état gestatif de la brebis et à sa requête alimentaire, est désormais contraint par la prédation. “Aujourd’hui, il y a des quartiers d’alpage où les éleveurs ne peuvent plus aller à cause de la prédation. Du coup ces zones ont tendance à être abandonnées, car elles sont plus dures à protéger. En conséquence, les milieux fermés, dans lesquels il y a des arbustes ou des forêts, ne sont plus ouverts en clairière par le passage du troupeau, ce qui modifie le milieu naturel. Or c’est la diversité de milieux et cette mosaïque entre milieux fermés et milieux ouverts qui donne de la diversité de nourriture pour les animaux. Sans pâturage, les milieux se referment par embroussaillement. Et le fait qu’il y ait de plus en plus de surfaces abandonnées à cause de la prédation induit une perte de biodiversité à une échelle territoriale”, analyse-t-il.
*Chiffres communiqués au 31/10/2025 par la Préfète de la région Rhône-Alpes Auvergne et préfète coordonnatrice sur le loup
Le maintien du pastoralisme est essentiel pour sauvegarder la biodiversité des territoires / © Olivier Bonnet
Moins de liberté par rapport à la gestion pastorale
Ces changements de mode d’élevage liés à la prédation entraînent également des situations de sur-pâturage (lorsque les animaux broutent de façon trop importante les sols, les végétaux ont du mal à repousser) ou de sous-pâturage (à l’inverse, lorsque les animaux ne les broutent pas assez, cela favorise le développement d’espèces à faible intérêt pastoral). Le maintien du pastoralisme est donc essentiel pour l’entretien des prairies, des haies, la diversité de nos paysages ou encore la lutte contre les incendies.
“La gestion du pâturage, c’est toute une combinaison d’éléments. La prédation enlève de la liberté sur les options de gestion pastorale : dans tel milieu, on ne peut plus mettre les animaux, dans tel autre on ne peut plus mettre le troupeau à l’automne, pour tel autre, on doit prévoir un regroupement nocturne, détaille Olivier Bonnet. Or les choix techniques des éleveurs pour mieux nourrir leur troupeau, assurer le renouvellement de la ressource, respecter la gestion environnementale sont mis au second plan à cause de la prédation. Et c’est un vrai problème. ”