Faire cohabiter éleveurs, chiens de protection et usagers de la montagne : c’est possible !

Damien Desbenoit, chargé de mission activités de pleine nature pour la Communauté de communes du Buëch-Dévoluy, dans les Hautes-Alpes, mène des actions concrètes pour pacifier la cohabitation entre les éleveurs et leurs chiens de protection et les usagers de la montagne.

Depuis des années, les Hautes-Alpes figurent dans le Top 5 des départements français les plus prédatés par le loup. Au cœur de ce département, la Communauté de communes du Buëch-Dévoluy se targue d’un autre record pas forcément enviable. “Nous sommes  dans un massif avec une très forte pression de prédation : autour du Dévoluy, c’est en effet la zone avec la plus forte concentration de loups en France. Et forcément, il y a beaucoup de chiens de protection pour protéger les troupeaux”, rappelle Damien Desbenoit, chargé de mission activités de pleine nature pour cette collectivité.

Le massif du Dévoluy a la plus forte concentration de loups en France et forcément un nombre conséquent de chiens de protection /  © Damien Desbenoit

Une cohabitation très compliquée en zone touristique

La Communauté de communes de Buëch-Dévoluy, qui regroupe 20 communes, compte 9 350 habitants, parmi lesquels plusieurs dizaines d’éleveurs ovins. Elle occupe un vaste territoire très touristique en toutes saisons, qui inclut 1300 km d’itinéraires de randonnées pédestres, équestres et VTT. Et 90% de ces itinéraires traversent des zones pastorales…Dans ce terroir de montagne, la cohabitation avec les chiens de protection des troupeaux est très difficile.

Entretien, balisage, promotion de ces sentiers nature… Aux missions traditionnelles de Damien Desbenoit s’est ajouté un vrai casse-tête. “D’une part, je dois contenir la grogne des éleveurs, qui sont obligés d’avoir des chiens de protection pour se prémunir de la prédation du loup et dont les zones de pâturage sont traversées par des sentiers. Et d’autre part, je dois gérer les récriminations des randonneurs qui se plaignent de la présence des chiens de protection auprès des autorités publiques, explique-t-il. Or mieux comprendre les enjeux de la protection contre la prédation, c’est le premier pas vers une montagne apaisée et accessible à tous.”

La médiation pastorale, une solution qui a fait ses preuves

Depuis 5 ans, la Communauté de communes de Buëch-Dévoluy, précurseur en la matière, a donc mis en place une véritable politique de cohabitation entre éleveurs, chiens de protection et usagers de la montagne. Plusieurs solutions ont été expérimentées.

« La principale, c’est la mise en place d’une médiation pastorale. Chaque année, de mi-juin à mi-septembre, nous embauchons deux médiateurs  qui sont préalablement formés par l’Office français de la biodiversité, l’Institut de l’élevage et le Centre d’études et de réalisation pastorales Alpes-Méditerranée. Cette formation très complète et pluraliste leur permet d’embrasser tous les points de vue, se félicite Damien Desbenoit. En début de saison, les médiateurs vont à la rencontre des bergers, des présidents de groupe pastoraux, des hébergeurs de gîtes. Ils sont aussi affectés sur les événements du territoire et présents au départ des randonnées, à l’accueil des offices de tourisme, pour parler aux randonneurs. »

Le résultat est plus que probant. « Aucune plainte n’a été enregistrée sur l’été 2025, confirme Damien Desbenoit. Les éleveurs se sentent épaulés, les bergers aussi. On rappelle aux usagers que la montagne permet de mettre les troupeaux en estive. Cette médiation fait carrément diminuer les tensions. »

Les médiateurs de la Communauté sensibilisent les randonneurs aux bonnes pratiques à adopter avec les chiens de protections / © Damien Desbenoit

Se rencontrer pour comprendre les enjeux de chacun

Le message est clair : aller vers l’autre pour mieux comprendre ses besoins. « Les messages que nous diffusons sont assez simples. Rappeler qu’il y a des loups sur notre territoire, ce que tout le monde ne sait pas… Expliquer le rôle du chien, l’un des moyens les plus efficaces pour contrer la prédation… Détailler le comportement à adopter près d’eux. Rappeler aussi qu’un sentier de randonnée, gratuit pour l’usager, c’est souvent le laisser-passer d’un propriétaire privé, dans les alpages en particulier. Se rencontrer, ça permet souvent de mieux se comprendre. Et si on respecte les bons comportements, il y a finalement peu de risques », conclut Damien Desbenoit.