Les élevages bovins sont eux aussi victimes des attaques de loup

Éleveur bovin et producteur laitier dans les Vosges, près de Gérardmer, Yves Grandemange s’occupe depuis 4 ans du dossier prédation à la FNPL, la Fédération nationale des producteurs laitiers. Car le sujet touche aussi la filière bovine.

Désarroi. C’est le mot qu’emploie Yves Grandemange, chef d’exploitation et éleveur de 170 vaches laitières vosgiennes et montbéliardes, pour évoquer la prédation du loup. « Avant, cet élément était moins pris en compte chez les éleveurs bovins. Mais le loup va au plus facile, il est de moins en moins peureux, il peut s’attaquer à de jeunes génisses, s’approcher même des bâtiments. Il y a eu des attaques dans des élevages bovins en Haute-Marne, dans les Alpes ou à la frontière suisse. Quand le loup attaque, en plus des animaux tués, il fait beaucoup d’autres dégâts. Le troupeau est apeuré, les bêtes dévalent les pentes de manière anarchique. Les éleveurs retrouvent leurs bêtes stressées, quand ça ne se finit pas par un rapatriement en hélicoptère parce que la vache se retrouve dans un endroit inaccessible », se désole l’éleveur.

Des moyens de protection différents pour les élevages bovins

Sur le sujet de la prédation bovine, les moyens de protection, selon lui, ne peuvent pas être tout à fait calqués sur celles proposées aux éleveurs ovins. « La protégeabilité des troupeaux, avec des clôtures ou des patous, n’est pas vraiment possible pour nous. L’été, on peut être sur dix parcs différents, avec dix lots différents et on ne peut pas mettre dix patous. La seule réponse qu’on a, c’est d’aller voir les animaux, de les observer, de faire appel à de la main d’œuvre. Bref, à de la surveillance humaine. On essaie aussi de mélanger les espèces, de mettre les génisses avec des bêtes plus âgées, voire des chevaux, pour essayer de dissuader le loup. Une des conséquences de tout cela, c’est que certains éleveurs bovins laissent tomber les alpages, en particulier dans les Alpes du Sud, où les attaques sont très nombreuses, car ils ont peur du loup. Et cela impacte notre travail, mais aussi les paysages. L’autre solution, c’est de laisser les bêtes à l’intérieur des bâtiments, mais là encore ce n’est pas exercer notre travail comme on le conçoit », ajoute Yves Grandemange, qui porte la parole de ses confrères.

Prendre en compte les lourdeurs administratives de l’indemnisation

« Une de nos revendications c’est la facilitation et la simplification des tirs, pour pouvoir se défendre. Au-dessus de 500 spécimens, une espèce est viable. Or aujourd’hui en France, on est à plus de 1 000 loups, mais il est toujours classé en espèce protégée donc les tirs de défense sont toujours limités, relève-t-il. On demande aussi de mieux prendre en compte tous les aspects humains de l’indemnisation et les lourdeurs administratives qui vont avec et qui demandent beaucoup d’énergie aux éleveurs. L’éleveur a un stress, les bêtes aussi. On met deux trois ans à élever une génisse qui risque d’être prédatée. Ce n’est pas cela, le sens de notre boulot.… Avec les attaques de loups, les animaux sont désorientés mais les éleveurs bovins le sont aussi. »