Pourquoi les nouvelles règles sur les tirs de défense ne sont-elles pas si optimales qu’elles n’y paraissent ?
Éleveur en Haute-Loire, premier vice-président et référent loup de la FNO, la Fédération nationale ovine, Claude Font note des avancées positives avec les dernières réglementations sur le statut du loup. Mais il voudrait aller plus loin.
Installé à Auzon, en Haute-Loire, Claude Font est l’un des trois associés d’un Gaec qui fait de l’élevage mixte, avec 500 brebis et 50 vaches laitières. Si la bonne nouvelle de ces derniers jours est l’arrivée de son fils sur l’exploitation et l’introduction de 450 brebis laitières à la place des vaches, elle reste ombragée par la question récurrente de la prédation du loup.
Le sujet préoccupe au quotidien le premier vice-président et référent loup de la FNO. L’arrêté réglementaire loup, entré en vigueur le 1er avril dernier, et le passage au niveau européen du statut « strictement protégé » à « protégé » a un peu modifié les choses. « La problématique première, c’est la pression de prédation. On est à 70 départements prédatés au niveau national, rappelle Claude Font. L’arrêté d’avril permet aux éleveurs de se défendre, y compris par les tirs de défense, sans avoir mis en place des mesures de protection au préalable. À partir du moment où il est sur un zonage qui a vécu de la prédation, l’éleveur a une autorisation de tir de défense. Évidemment, il doit s’engager par la suite à mettre en place les mesures de protection, comme des chiens de protection, des clôtures et de la main-d’œuvre supplémentaire pour la surveillance des troupeaux. Mais ce qui est nouveau, c’est qu’on défend d’abord et qu’on se protège après. »
Une loi d’urgence pour aller plus loin…mais pas assez loin
Deuxième nouveauté de 2026, la Loi d’urgence promulguée le 18 août pour la protection et la souveraineté agricole, qui comporte un volet sur le statut du loup. « Avec cette loi, les autorisations de prélèvements qui ne sont pas faits en année N peuvent être reportés sur l’année N+1. Autre point positif, la possibilité, pour les chasseurs ou les éleveurs formés par l’Office français de la biodiversité d’utiliser les lunettes infrarouge à vision nocturne pour effectuer des tirs de défense contre le loup. Enfin, la loi indique que la périodicité des tirs pourra être étendue, sur autorisation, dans les foyers à forte prédation », précise encore Claude Font. S’il rappelle que « 70 à 80% des prélèvements sont faits par des louvetiers ou les brigades de l’OFB », il note que ce nouveau cadre réglementaire comporte cependant des manques. « On continue de gérer les prélèvements, c’est-à-dire le nombre de tirs de défense autorisés, or on préférerait gérer la pression de prédation », précise l’éleveur, qui rappelle les 227 prélèvements autorisés de loups autorisés en 2026 au niveau national. « Il faudrait ajuster le nombre de prélèvements à la pression de prédation, sortir du quota. Mais on ne veut pas une gestion différenciée par département. Notre objectif, c’est de faire baisser la pression de prédation. Et il faudrait aussi indemniser les éleveurs au prix juste, pour les pertes directes mais aussi indirectes liées au loup ». Il conclut sur un verre à moitié plein : « Il y a eu des avancées positives, mais pas suffisantes pour les éleveurs. »