Comment la prédation du loup désorganise-t-elle la filière ovine ?

© La coopération agricole

Éleveur de brebis dans la Drôme, François Monge ne peut que constater la baisse de productivité des élevages ovins inhérente à la prédation du loup. Une situation ubuesque dans un marché à forte demande.

On élève nos brebis, on mange, on dort et sinon on ne fait que parler du loup ! C’est devenu un sujet obsessionnel pour tous les éleveurs d’ovins. Ça envahit nos esprits et nos conversations”, lâche d’entrée de jeu François Monge. Éleveur dans la Drôme, à la tête d’un cheptel de 350 brebis qu’il fait transhumer dans le  Vercors, il a été victime d’attaques en estive mais aussi dans la vallée, sur son exploitation.

Celui qui est aussi membre du conseil d’administration de la Coopérative Agneau Soleil, qui regroupe près de 550 éleveurs des régions Provence- Alpes-Côte d’Azur et Auvergne-Rhône-Alpes et produit chaque année 150 000 agneaux, ne peut que constater à quel point la prédation du loup impacte toute la filière ovine.

Nous avons fait calculer par le CERPAM, le Centre d’études et de réalisations pastorales Alpes-Méditerranée (le CERPAM)  et par le lycée agricole de Carmejane dans les Alpes-de-Haute-Provence les conséquences sur la productivité des élevages ovins après les attaques de loup : le chiffre est clair, c’est 15% en moins, donc 15% à offrir sur les étals»,  détaille-t-il .

À titre personnel, je produis 380 agneaux environ et j’en vends 300. Avant, pour le même nombre de brebis, j’en vendais 500. Notre productivité a baissé, c’est indéniable. La prédation du loup, c’est aussi des éleveurs et des bergers épuisés, des systèmes de clôtures à mettre en place, des parcs à fermer, des chiens de protection à dresser. Bref autant de temps que l’on ne consacre plus à l’élevage de nos bêtes et une vie professionnelle qui se déroule dans un stress permanent », se désespère-t-il.

Cette baisse de production liée à la prédation s’explique de plusieurs manières.

Il y a de nombreuses conséquences à la prédation du loup : la première, c’est le stress généré pour les hommes comme pour les bêtes. Une attaque, un stress post-attaque, ça peut déclencher des stérilités à vie dans un troupeau. Après les attaques, on a une baisse de fertilité, on a des brebis qui avortent et donc des agnelages décalés et qui ne correspondent plus aux périodes de forte demande sur la viande d’agneaux en France que sont Noël et à Pâques », précise encore François Monge. Deux périodes effectivement majeures pour la filière, même si l’agneau est produit toute l’année. Et pourtant les débouchés de la filière sont énormes, en témoignent les chiffres : la France est obligée d’importer 59% de la viande d’agneau qu’elle consomme*.

Si les éleveurs français produisaient 50 000 agneaux de plus, on serait capable de les écouler sur le marché national. Nous ne produisons pas assez et la prédation du loup ne fait qu’accentuer ce problème”, conclut François Monge.

*Source Interbev 2025

La baisse de productivité des éleveurs ovins est notamment dûe à prédation du loup / © L’agence CDigital