Sur le territoire du Lauragais, à la frontière du Tarn, de la Haute-Garonne et de l’Aude, le loup a fait son apparition depuis 2 ans et les attaques de troupeau se multiplient. Les éleveurs locaux ont créé une association qui se bat pour faire entendre sa voix.

Lorsqu’elle s’est installée il y a 4 ans avec son mari pour monter un élevage de 50 chèvres et un atelier de transformation fromagère en agriculture biologique à Avignonet-Lauragais, dans le sud-est de la Haute-Garonne, Emmanuelle Dournes était sereine. Mais lorsque plusieurs éleveurs locaux ont été victimes d’attaques de loups en 2024, cette sérénité a fait place à une grande inquiétude. “Un éleveur de brebis, installé à 15 minutes de chez nous, a été victime de 15 attaques de loup en 2024 et a perdu 45 bêtes. Et ma voisine, éleveuse de vaches a retrouvé deux petits veaux éventrés par le prédateur, raconte-t-elle. Ma première réaction a été la sidération et la stupéfaction. On est à 30 minutes de Toulouse et ça s’est passé à chaque fois en pleine journée ! Pour moi, le loup, c’était la montagne, des endroits isolés mais pas chez nous…”

Dans le Lauragais, ce territoire rural et très agricole situé entre Toulouse, Carcassonne et Castres, cela fait en effet des siècles que le loup a disparu.

À la suite de ces attaques, la commune d’Emmanuelle est placée en cercle 1 (voir encadré ci-dessous). “ Être notifié cercle 1, cela signifie qu’on a un certain nombre d’aides de l’État pour nous aider à mettre des mesures de protection en place, qui sont obligatoires si on veut être indemnisé en cas d’attaque, explique l’éleveuse. En plus des chiens de protection, il y a des aides sur les clôtures, sur le gardiennage pour prendre quelqu’un pour garder les bêtes la nuit ou le gérer et être indemnisé. Mon mari et moi avons opté pour la deuxième solution et on surveille à tour de rôle. On a aussi investi dans une caméra qui alerte si le loup est là, c’est d’ailleurs ce qui s’est passé en octobre 2025 : le loup s’est approché de notre élevage, on le voit bien sur les images ».

Des éleveurs désemparés qui s’unissent

Désemparés par cette prédation, les éleveurs décident de se regrouper.  “Avec les éleveurs du Lauragais, on s’est réuni, on a échangé et on s’est dit qu’il fallait aller plus loin. Puisque nous sommes devenus depuis 2 ans un territoire largement prédaté, on a décidé de créer en 2026 une association qui s’appelle Prédation du loup en Lauragais,” explique Emmanuelle Dournes, qui est devenue vice-présidente de cette nouvelle association.

L’association qui compte déjà 50 membres et qui vise le double d’adhérents l’an prochain, a déjà entamé des démarches. “On a monté un dossier agricole GIEE (Groupement d’intérêt économique et environnemental) pour avoir des financements supplémentaires sur ce qui n’est pas comblé par les aides du cercle 1. Par exemple, des brebis qui ne seraient pas comptabilisées comme prédatées par l’Office français de la biodiversité, l’installation de caméras, détaille l’éleveuse. Nous demandons aussi un peu de répit pour les éleveurs, c’est-à-dire des possibilités de remplacement par des ouvriers agricoles. Parce que l’intégration de chiens de protection, l’entretien et la pose des clôtures électrifiées, les démarches administratives, les papiers, c’est une charge énorme pour nous. Sans parler des pertes financières pour ceux qui ont été prédatés. L’association vise à aller plus loin que les aides du cercle 1, sachant que cette année par exemple, comme il n’y a pas eu d’attaque pour l’instant, on risque de repasser en cercle 2 donc avoir moins de moyens de se protéger. On aimerait monter une équipe de bénévoles pour nous accompagner sur l’administratif, financer un stagiaire rémunéré ou un service civique pour nous aider. Il faut informer les maires, les vétérinaires. Nous, les loups, on n’a rien contre, on veut juste de l’aide pour se protéger ! Vous savez, cela fait deux ans que le territoire est fortement impacté, c’est vraiment épuisant. On aime notre métier, on n’a rien contre le loup, mais avec notre association on veut juste dire : aidez-nous !” 

Le classement des communes en cercles de prédation

Les cercles 0, 1, 2 et 3 désignent le classement des communes françaises selon le risque et la présence d’attaques de loups pour adapter les aides à la protection des troupeaux.

Cercle 0

  • Mesures : Foyers de prédation intense. Financement maximal des clôtures, des chiens et de la surveillance. Indemnisations conditionnées. Tirs de défense simplifiés par simple téléprocédure.
  • Aides : Matériel et chiens aidés à 80 %. Le gardiennage est revalorisé jusqu’à 100 %.

Cercle 1

  • Mesures : Prédation avérée. Financement du gardiennage, des chiens et des parcs électrifiés. Les indemnisations de dégâts y sont strictement conditionnées à la présence de ces protections.
  • Aides : Prise en charge à 80 % du matériel et des chiens. Le gardiennage est subventionné jusqu’à 80 %.

Cercle 2

  • Mesures : Prédation probable. Financement de l’achat, des soins et des tests des chiens de protection, ainsi que des investissements en clôtures électrifiées. Pas de financement du gardiennage.
  • Aides : Prise en charge à 80 % pour les postes matériels et canins éligibles.

Cercle 3

  • Mesures : Zone d’expansion possible. Financement limité à l’acquisition, la formation et l’entretien des chiens de protection (Patous). Les parcs de regroupement et le gardiennage ne sont pas aidés.
  • Aides : Prise en charge à 80 % des dépenses liées aux chiens uniquement.